04 août 2006
Crépuscule
Un texte que j'ai retrouvé il n'y a pas longtemps (coincé entre deux pages des Confessions de Rousseau, je cherche toujours comment il a pu arriver là lol) et qui date de janvier... Il est certain que jamais aujourd'hui je n'écrirai quelque chose comme ça. Ca me fait sourire quand je le relis. Il n'y a plus que de la nostalgie, maintenant que la souffrance s'atténue; si je l'avais retrouvé il y a quelques temps encore je pense que j'en aurais pleurer... Mais aujourd'hui je vais bien, très bien presque. La pente me paraît plus douce et la sortie proche. Pour l'instant je fais une pause sur beaucoup de choses, sur les gens, je bouge, je vois des personnes que j'avais presque oubliées. Je profite des vacances à 200% et exit les problèmes, j'en ai trop marre de mon fichu caractère qui se complaît dans la demi dépression. Smiling powaa ;-)))
Janvier 2006 :
"Un arc-en-ciel se couche chaque soir sur le rebord de ma fenêtre, quand le soleil se réfugie sous les draps de l'horizon. Et alors je pense à toi, à quelques kilomètres, m'imaginant que nos deux regards se rencontrent dans cet opéra de couleurs. Bientôt il me plaît de penser que le noir complet se fera et que tu t'endormiras à ton tour sous mes paroles protectrices et mes rêves tendres. Alors j'aimerais seule me tenir debout, éclairant la paix feutrée de tes paupières closes, embrassant ton souffle d'un philtre d'espoir; bercer ta nuit et au matin disparaître de ton repos. Je voudrais être là comme une étoile du jour entre tes cauchemars, mais qui se voile quand tu ouvres les portes de l'aurore; un ange de ton inconscience.
Je le ferais... mais je ne peux rien te dire. Et si je ne dors pas, c'est que ton sommeil se trouble et que la lune s'agite. Se sentir inutile... tout cela je le fais aussi par amour."
Tc
~てんし~
24 juin 2006
Son regard (2)
20 Juin 2006 :
A Lionel,
"J'ai toujours aimé ses yeux. Jamais un regard n'a été aussi profond ~ciel d'été baigné d'herbe verte~ que sur la rive de ses paupières. Il voudrait le rendre vide qu'il ne le pourrait pas : c'est toute sa vie, tout son coeur, qui souffle une vague d'infini jusque l'horizon. Elle est libre, incalculable et mouvante. La nuit les étoiles la baignent de lune ; le jour la chaleur l'ombrage de soleil. Il y fait frais en été, tiède au milieu de l'hiver. Ce regard n'est peut-être pas parfait, du moins il est accueillant, chaleureux, doux, sucré, coussin près du feu, bras autour de la solitude, caresse sur la blessure; c'est une maison sans barreaux, tendre, une rivière de lait où s'écoulent les corps reposés; c'est mieux qu'un rêve.
J'ai toujours admiré ses yeux, et pourtant je n'avais encore rien vu. Il lui manquait l'envie de partage qui donnerait toute son énergie à ce monde en sommeil. C'est un soir d'été que les cloches de l'amour l'ont révélée. Le printemps mourrait et laissait s'échapper le voile d'hésitation de ses paupières fatiguées. Elle, a embrassé son imagination d'un sourire chantant, et la terre entière a frémi de la chute de ses lèvres sur l'écume de son coeur. Un brutal réveil a secoué les hommes du souffle des deux amants retrouvés; la glace est tombée sur le seuil de mon espoir et s'est brisée en milliers d'étincelles miroitantes.Depuis ce jour son regard... Ce fut comme si un sculpteur avait fait du marbre parfait de ses yeux bruts une oeuvre sans précédent : la matière s'est organisée, les traits se sont affinés, la surface a été polie, et les reflets se sont enfin concrétisés en une palpable émotion.
J'ai toujours admiré ses yeux, mais je n'avais jamais ressenti autant le besoin de la retrouver. Je m'excuse pour toutes ces lignes que je peux aligner, ces images que j'expose pour une simple paire d'iris, mais il y a tellement de choses à découvrir dans ces deux billes émeraude que ce n'est plus seulement une envie, c'est une nécessité. J'aimerais tant que vous puissiez le voir, que vous puissiez ressentir les attaques de tendresse qui s'échappent à flot de ces minuscules fenêtres d'ivoire. Les palais, les joyaux, les soies les plus précieuses recouvrent tout ce qui est touché par sa grâce. Je veux que vous vous rappeliez les canyons, les océans, les déserts qui dorment sous ses paupières, peinture gigantesque où les pinceaux s'useraient à l'oeuvre. Il faudrait que je vous l'imagine. Les mots sont peu de choses pour ça. Mais c'est tout ce que je possède.
J'ai toujours admiré ses yeux, mais bientôt ils voleront loin de moi pour l'éternité. Il ne me reste que trois jours pour vous expliquer le chef d'oeuvre absolu de la nature. "
TC
~Tenshi~
Son regard (1)
Je suis fascinée par son regard en ce moment. Une personne amoureuse. Il est amoureux. Moi...je l'aime peut-être encore, du moins je l'ai aimé. Ma première histoire. Il en aime une autre et quand je vois comment il la regarde.. ça effacerait presque ma douleur. Il est magnifique. et peut-être que je ne le verais plus jamais....
17 Juin 2006 :
A Aline. A Lionel,
"Quand tu la regardes... il y a des étoiles qui s'allument dans les nuages, comme une guirlande clignotante sur un sapin de Noël. Il y a des couleurs de toute sorte : du bleu, du vert, du jaune, du rouge, beaucoup de blanc mais très peu de noir. Il y a des cadeaux au pied des montagnes enneigées, empaquetés, décorés, noués par un sentiment vital de feu d'artifice. Les bougies à la vanille se mèlent aux doigts tendres de la sève. Une cheminée illumine une plaine où ses cheveux blonds fleurissent ton visage. Tu passerais bien par la cheminée, déguisé en amant pointant la lame de neige des fêtes, pour prendre à genou son coeur de raisin. Les rubans de ses lèvres s'envoleraient comme du chocolat sur le miel de vos mains serrées. Tu embrasses le paysage de la joie nue sous tes rêves. Il n'y a plus que ça.
Quand tu la regardes... Elle te regarde aussi."
TC
~Tenshi~
25 mai 2006
Acte figé
C'est le premier texte que j'ai écrit pour Lui. C'était il y a... longtemps lol. Il est assez étrange que ce texte ait été en réalité écrit au moment où il avait déjà compris, et où on est finalement sorti ensemble. Pas longtemps -*haussement d'épaules*- Ce texte n'est plus du tout d'actualité mais il signifie toujours beaucoup pour moi.
Décembre 2005 :
Acte figé
On rencontre tellement de gens dans la foule… Penses-tu qu’on puisse s’y croiser soi-même un jour mon cœur, au hasard de nos regards ? Peut-être… Si seulement tu pouvais lire sur les âmes comme je pense y réussir…
Il y a ce couple là, en face de nous. Le décor est un hall de gare banal, un de ces grands espaces ouverts à tous les vents et à tous les paysages ; on y passe sans y prêter attention, on le traverse au milieu d’innombrables passagers d’un instant qui oublient tout aussi vite leur traversée. C’est pratique ; il suffit de passer comme sur un pont, pas de regard pour le vide sous nos pieds, droit devant, et rien ne paraît plus facile et dénué d’intérêt.
Ces deux là, en face de nous, correspondent apparemment à ces insouciants, venant franchir un gouffre tellement quelconque qu’ils passeraient de l’autre côté sans s’en rendre compte. Pourtant ils sont comme toi et moi mon Amour, sur un fil tendu qu’ils savent prêt à les abandonner s’ils font un pas de travers. Bien sûr ils vivent comme tous ces autres, comme si de rien n’était, comme s’ils n’étaient au courant de rien, comme nous. Ils pourraient, s’ils le voulaient, marcher en sécurité, mais ce serait exister sans eux-mêmes… Ils ne peuvent vivre séparer, ils souffrent de vivre ensemble, alors ils continuent la farce. Ils finiraient même par s’y habituer, lui surtout, a perdu toute notion de la situation -question de survie. Elle, les retient tous les deux ; elle ne sait même pas comment elle fait pour ne pas finir par tout lâcher -question de survie aussi, sûrement.
Pour le moment, ils sont tout à fait dans leur rôle. Ils se fondent dans la foule et font semblant de croire à la pièce, espérant qu’elle ne tourne en tragédie. En réalité, ils évitent d’y penser -cela vaut mieux pour tout le monde. Est-ce qu’ils y arrivent vraiment, est-ce que c’est efficace… il vaut en effet mieux ne pas y penser.
Ils se sont installés sur un des bancs en pierre, ses affaires à lui à leurs pieds. Elle n’a rien, juste un sac qu’elle dépose à côté des siens -elle est venue pour l’accompagner, passer encore quelques minutes avec lui. Ils ont tous deux le visage rougi par le froid, le bout du nez glacé, les oreilles devenues insensibles. Ils sont arrivés à l’instant, se regardent quelques secondes… pour finir par éclater de rire en voyant leur état. Ca leur fait du bien de temps en temps, ça aide à oublier. En plus, aujourd’hui ça les réchauffe un peu. Alors ils rient, juste comme il faut, assez pour y croire, mais sans aller jusqu’à l’hystérie ; un rire parfait comme la nature n’en fait pas.
Ils finissent par se calmer, et se mettent à discuter de tout, de rien. Elle surtout, essaie de lancer la conversation le plus longtemps possible ; elle déteste les silences indécis, la tension les adore trop. Mais voyant qu’au bout d’un moment elle tremble toujours autant, comme si elle était elle-même devenue l’hiver alentour, il finit par l’entourer de son bras et la serre contre lui. Elle sourit malgré elle, se blottit contre son cœur, nichée juste en dessous de son cou. Elle ferme les yeux et serre les poings comme pour retenir le souffle du temps. Ainsi protégée, elle pourrait presque croire au paradis.
Elle sait pourtant qu’elle joue un jeu dangereux en le laissant faire, en se laissant approcher par le feu ; et la suite lui donne raison. Bientôt, elle peut commencer à compter les battements de son cœur au rythme de son souffle qui lui caresse la nuque. Elle sent un frisson la traverser régulièrement, descendre jusqu’au bas de son dos, l’envie monter, décroître dans ses pauses, la raison la frapper violemment. Comme je la comprends mon Ange ! Rêver de prendre sa main dans la sienne, embrasser ta joue, tes lèvres, le serrer comme elle à jamais…
Lui ne se rend pas compte. Il a un goût amer sur les lèvres. Le sel des larmes qu’il n’a pas versées pour une autre. Celle qu’il tient si fort dans se bras c’est sa confidente, son coussin, sa bulle qu’il protège en échange de sa tendresse. Mais au fond des yeux il a son cœur, si lointain, qu’il cherche depuis l’éternité dans une autre qui l’ignore. Il aime une amie ; son amante est partie il y a bien longtemps et son ombre les recouvre toujours. Il ne sent même pas que la petite bête transie qu’il tient dans ses poignets a froid de lui. Il l’oublie, ou ne veut y penser -question de survie.
Parfois, elle plonge son regard dans ses grands yeux verts. Elle y lit toute la souffrance qu’il ressent de ne pas la voir à sa place, la déception du livre qu’elle a achevé avant la fin. Quand elle y pense, cela l’enrage. Elle en viendrait presque à la haïr. Ils étaient si bien, ils pouvaient rire de n’importe quoi, pleurer dans les bras l’un de l’autre. Elle lui faisait confiance -mensonges… Elle lui aurait pardonné si elle l’avait aimé et rendu heureux -elle ne s’attend pas à acheté son âme- mais elle a brisé son cœur… Oui, cela lui fait mal de voir qu’il l’aime encore. C’est encore pire de voir qu’il en souffre.
C’est dans des moments comme celui-là qu’elle la hait le plus ; quand elle se trouve si proche de lui que leurs douleurs se mêlent et se comprennent. C’est ce qui les rapproche et les tient à distance en même temps, une chaîne qui les empêchent de s’atteindre mais leur permet de survivre pourtant. En fait, la pièce est déjà une tragédie -en suspens, qui n’attend qu’un signe de faiblesse de leur part pour déclencher son mécanisme implacable. Peut-être ne sera-t-il jamais lancé, que le destin finira par leur faire oublier, par délier leur chemin avec tant de finesse que, le temps qu’ils s’aperçoivent qu’ils se lâchent, ils se seront déjà perdus de vue. Peut-être aussi que demain tout s’effondrera… Enfin, pour le moment tout va bien.
Une annonce de la standardiste les tire de leur parenthèse intime : son train va arriver en gare. S’il ne veut pas le rater -comme cela lui arrive fréquemment- ils feraient mieux de se lever avant de ne plus en avoir le courage. Elle se relève alors à regret de son cœur, sourit timidement ; il baragouine deux ou trois mots d’un air désolé. Elle s’en énerverait presque parfois : il donne toujours l’impression de s’excuser de tout, et ça lui rappelle que tout n’est pas exactement comme elle le voudrait -pas du tout même. Elle a beau être patiente, compréhensive, savoir cacher ce qui la blesse… la douleur est toujours là. Et plus elle la sent, plus il s’excuse, plus elle souffre… jusqu’à ce qu’ils se séparent -ce qui ne va plus tarder.
Deux semaines. Deux semaines sans le voir. Deux semaines sans pouvoir lui parler des heures, côte à côte, à l’écouter jouer de la guitare, à se raconter leur vie dans les moindres détails. Deux semaines à décompter les heures qui la séparent de son sourire. Elle déteste les vacances ; c’est comme une cure de désintoxication qui n’aboutirait jamais. Elle est accro à lui. ‘Sentimentalement dépendante’ dirait son ordonnance -on aura tout vu… Elle lui en veut parfois d’être si dépendante de lui… mais tout paraît si facile quand il est là, et si sombre quand il disparaît ; jamais elle ne pourrait admettre de ne plus pouvoir le voir.
Parfois, elle se dit que la meilleure solution serait de partir définitivement, d’un jour prendre ses valises à elle et d’abandonner tout le reste, de le quitter sans un mot, sans une seule explication. Elle a l’impression qu’ils se font tellement de mal à passer tout leur temps libre ensemble qu’elle se dit que son départ serait moins terrible que tous ces instants mis à la suite. Plusieurs fois elle a même essayé de mettre ses projets à exécution, mais à chaque tentative elle le voyait, se laissait embarquer dans les rivières de ses sourires et ressentait soudain qu’il serait impossible de lui faire ça, de leur faire ça.
Elle ne peut pas. Est-ce que tu pourrais comprendre à quel point elle souffre quand elle ne le voit pas ? Sais-tu seulement qu’elle compte les minutes, les secondes entre ses absences, et qu’un seul instant de retard lui fait imaginer les pires catastrophes ? Sens-tu combien son cœur s’enflamme quand il réapparaît, combien s’allume l’envie de le prendre dans ses bras, de le serrer à l’étouffer pour s’assurer qu’il est bien là, près d’elle, comme un ange gardien inconscient de son pouvoir ? Entends-tu ses ‘je t’aime’ qu’elle crie du cœur à longueur de journée, espérant qu’il les entende, des ‘je t’aime’ murmurés au creux de sa fenêtre quand il dort pour bercer ses rêves, des ‘je t’aime’… ‘Je t’aime’, tout simplement. Alors, peux-tu imaginer qu’elle s’en sépare ?
Déjà il est monté sur la marche du wagon, prêt à partir pour ces deux semaines de vacances… Il range ses bagages, redescend vers elle ; quelques instants ils se regardent en cherchant leurs mots, ne sachant si le temps ne peut pas s’arrêter quelques instant et leur en accorder encore un peu… Elle a son cœur qui bat la chamade, les mains qui tremblent d’absence et de rage ; elle voudrait tellement lui dire qu’il lui manque, qu’elle voudrait qu’il ne la quitte plus. Pourtant elle se raisonne, et c’est elle qui lui dit la première au revoir. Puis elle le prend dans ses bras une dernière fois, le serre bien fort, l’embrasse sur la joue, hésite… Mais avant qu’elle ne s’en rende compte il se retourne et monte s’asseoir.
Elle attend quelques secondes sur le quai ; les sifflets du chef de gare retentissent, les portes se ferment. Dans un processus parfait, l’énorme machine se met en route. Elle lui sourit une dernière fois derrière la fenêtre avant que le train ne l’emmène… Elle soupire.
Et voilà. Maintenant, tu es parti. Je suis seule face à ce grand miroir du hall de la gare. Je vois l’air triste de mon reflet qui vient de pleurer. Le tragique a-t-il était rejoint par le pathétique ?
Tu n’as rien entendu. Tu n’as rien compris. J’ai si mal…
Quel jour comprendras-tu que je parle de nous ?
FIN
TC
Tous mes voeux de bonheur
Un texte très personnel... La plupart des choses sont vraies. D'autres totalement inventées. Mais les sentiments restent les mêmes.
C'est pour deux amis formidables. Je les adore. Pour me faire pardonner...
Tous mes vœux de bonheur
Dans la salle bondée, au milieu des rires et du bruit de fond de dizaines de voix, un son cristallin et bien connu se fait soudainement entendre. Deux ou trois discussions s’arrêtent, donnent sa chance à se discret tintement, et bientôt tous finissent par se taire et le laisser résonner, solitaire, précis, sûr de lui et de sa victoire. Toutes les têtes se retournent alors pour chercher sa provenance : là-bas, dominant la salle entière, une jeune femme à la table principale s’est seule levée, et contemple avec une satisfaction mêlée de crainte le pouvoir de son simple geste. Elle n’est pas très grande, ne ressemble pas à une beauté fatale sans que ses rondeurs ne la fassent toutefois totalement remarquer non plus. Elle appartient à cette espère de médiocrité qui physiquement la rend pratiquement invisible. Ce soir pourtant il y a comme quelque chose de différent. Son maquillage détache subtilement ses yeux marron aux reflets verts de ses traits plats, et une légère teinte violette fait briller ses lèvres. Elle porte une longue robe noire qui avantage ses courbes et la met en valeur d’une façon qu’on ne lui connaissait pas. De même que ses cheveux, relevés en un sage chignon, mais qui ont oublié une mèche crollée le long de sa joue jusque sur ses épaules dénudées, tout en elle paraît relever d’un univers où elle n’a pas l’habitude d’être aperçue. Cela se perçoit jusque dans la manière dont elle tient ce couteau, dont elle le frappe fermement sur la carafe devant elle. Cet instant est précieux, unique. Malgré son caractère traditionnel, de déjà-vu et attendu par tous les invités, ce soir il pourrait relever pour elle d’une importance que personne n’est pour l’instant en mesure de deviner ; et c’est peut-être ce qui fait alors sa force, cet imprévu dont elle-même n’a conscience qu’au dernier moment.
Elle inspire profondément, souris, desserre les lèvres pour se mettre à parler… et aucun mot ne vient. Son regard est fixé sur son voisin, sur la femme qu’il tient par la main d’une habitude nouvelle. Tous deux la regardent avec confiance, leurs yeux comme leur sourire l’invitant à commencer, attendant avec amusement les paroles qu’elle va prononcer. Dans la salle, tous les invités sont à ce moment précisément dans le même état d’esprit que ces deux-là, et face à son mutisme, des ‘Allez Marie !’, ‘le discours, le discours !’ s’accompagnent du vacarme des mains que l’on frappe, des pieds qui claquent par terre, peut-être même y a-t-il un ou deux sifflement, là-bas à droite… Mais Marie ne les entend pas. Son regard reste fixé sur les deux jeunes mariés, et un soudain dégoût l’envahit brusquement, une envie de changer les événements et de réparer ses erreurs. Elle pensait jusque là qu’elle pourrait tenir le coup ; et bien que le plus dur soit passé, à cet instant la situation lui paraît insoutenable, injuste, et elle se mettrait bien à crier, à pleurer, à hurler au monde entier sa détresse. Ses mains se mettent à trembler, ses lèvres remuent infiniment en cherchant à vaincre ce terrible sentiment d’impuissance ; et pourtant elle pourrait le faire, se délivrer. Il lui suffirait, là, maintenant, de dire que…
**********
« Charles et moi, on s’est rencontré juste après le lycée, en prépa. Rien ne nous disposait à nous rencontrer : lui était spécialisé dans les maths, et moi je les avais abandonnés pour la littérature. La vie est imprévisible…
La première fois que je l’ai vu, c’était un soir, deux ou trois semaines après la rentrée. J’ai toujours aimé la musique et, quand j’entends, quand je vois quelqu’un jouer… Ce que j’ai ressenti en écoutant Charles au violon, rien ne peut le décrire. C’était la première fois que j’entendais un son aussi pur, rendu avec une émotion pleine de passion, qui ressentait vraiment le morceau. Ce n’était plus des notes mises à la suite pour former un tout cohérent, c’était un personnage, un monde vivant et mouvant, qui aimait, qui souffrait, qui riait comme n’importe quel être sensible. Je passais simplement devant la salle où il s’exerçait, mais attirée par cette magie je me suis approchée pour contempler l’artiste qui accomplissait un tel chef d’œuvre. Il était là, seul dans cette grande salle avec son instrument, tremblant, grimaçant, souriant au gré de sa création. Il était tellement absorbé par son travail qu’il ne m’a pas remarquée, et jamais je n’aurais osé l’interrompre. Alors je suis restée sur le pas de la porte, invisible et muette pendant qu’il continuait sans cesse à faire errer ses doigts le fragile morceau de bois. Le temps avait totalement disparu. A contrecoeur il m’a fallu partir, sans qu’il n’ait jamais rien remarqué de ma présence ou de mon émotion. C’était comme une rencontre avec la foi.
Les jours sont passés, et je l’ai presque oublié. Le travail me laissait peu de temps pour penser à cette rencontre, d’autant plus que je ne savais rien de lui, et que j’évaluais mes chances de le revoir à peu près égale à la valeur nulle de l’addiction… Et puis un soir, le destin a voulu de nouveau que l’on se croise. C’était l’anniversaire d’une connaissance commune –on s’était retrouvé là un peu par hasard, par curiosité ou par politesse. Je ne l’avais pas remarqué tout de suite, c’est encore une fois le hasard qui a fait qu’il se retrouve à un moment assis à côté de moi. Dans une courageuse tentative de sociabilité on s’est mis à parler, de rien, puis de nous peu à peu. De notre vie d’avant, de notre vie maintenant… Il s’est en fait avéré que nous habitions dans la même résidence universitaire, à quelques couloirs l’un de l’autre… Ce soir-là, je n’aurais jamais pensé que nous irions plus loin qu’une simple relation épisodique purement polie, mais pourtant j’ai senti qu’il y avait quelque chose de différent chez lui. On est rentré assez tôt, accompagnant aussi deux gars de la résidence qui tenaient assez mal l’alcool. Ils ont pris les devants, se tenant par la taille en baragouinant des phrases incompréhensibles dans un anglais médiocre, comme s’ils étaient deux frères inséparables. Charles est resté un peu en arrière avec moi et, pendant que de temps en temps on pouffait de rire en voyant nos deux compagnons, il continuait à me parler de son village, de sa famille. C’est là qu’il m’a offert son premier cadeau : avec des paquets de bonbons, il m’a fabriqué deux bateaux en papier, et une Statue de la Liberté, également en papier. Si, si, je vous l’assure ! Honnêtement… c’était plutôt moche. Mais c’était la chose la plus originale et la plus spontanée qu’on m’ait jamais offert, et il a au moins eu le mérite de m’intriguer.
Je n’avais pas deviné ce soir-là l’importance de ces événements. Je ne pense même pas qu’aujourd’hui je sois capable de vous le dire. Je cherche depuis quelques temps mais je n’arrive pas à trouver.
Ce premier soir avait été parfait.
A partir-là on a commencé à se parler régulièrement, à se raconter toute notre vie, par petits morceaux. Souvent, je l’entendais jouer du violon alors j’entrais, je m’asseyais et l’écoutais. En silence d’abord. Puis je me mis à donner parfois mon avis sur ses créations, commençant à sentir lorsque cela lui plaisait, lorsqu’il trouvait qu’il avait été médiocre… Et, en réalité, vu la confiance qu’il a en lui, je passais plus de temps à lui dire que ce n’était pas si mal qu’à acquiescer à ses soupirs exaspérés. Je finis par pouvoir savoir quand il allait se tourner vers moi en disant qu’il ‘avait totalement chié’ ou lorsqu’il sourirait simplement d’un air gêné. Moi je souriais toujours, ne pouvant sans rien dire d’autre devant son talent qu’un éternel ‘pfff… tu m’dégoûtes ! mais comment tu fais pour jouer des trucs aussi magnifiques ?’. Ca le rendait encore plus gêné.
En dehors des heures à l’écouter jouer, je travaillais aussi régulièrement chez lui. Et le soir, on se tenait debout sur la coursive devant sa chambre, parlant des heures de tout ce qui se présentait, de la fontaine qu’on voyait à l’horizon, des mouettes qui riaient avec sadisme, du bruit de la ville ; des souvenirs de vacances, de notre classe de terminale, de nos amis ; je lui narrais ma dernière tragédie amoureuse, il me racontait comment il s’était fait dragué un cour entier par son voisin, et un soir on en est même arrivé à un couple de poupées gonflables… Jamais finalement nous n’avions abordé la question essentielle.
Avec le temps, je lui présentai mes amis, mes compagnons de classe, et lui les siens. On traînait chez les mêmes personnes, on allait aux mêmes fêtes –soit dit en passant, heureusement que j’étais là pour vider les bières en trop et lui rappeler en quelle année on était. Les vacances on s’envoyait des messages, par ordinateur, par textos… pour encore tout se raconter à la rentrée. Nous étions utiles l’un à l’autre, selon nos capacités. Il reprenait toutes mes fautes d’orthographe, et je lui prêtais mes stylos… Echange de bons procédés, tout le monde y trouvait son compte. Il aimait aussi beaucoup m’énerver, me faire marcher pour que je coure et… je lui rendais bien. Et si ça dégénérait, cela n’était pas pour longtemps : désolé, excuse-moi, bisou ? câlin, et paf, cela recommençait comme avant. Pourquoi aurait-on voulu autre chose ?
Quelque chose au fond de moi a tout de suite senti comme une imperfection dans cette situation idyllique, mais je n’arrivais pas à trouver ce qui manquait. Peut-être était-ce par peur, peut-être est-ce que je m’aveuglais… ou peut-être est-ce que je connaissais si peu ce que je cherchais que je n’y pensais même pas. Le fait est que certains signes dans mon comportement, des sensations que je ne pouvais qualifier, des pensées qui m’étaient étrangères, tout cela occupait une place grandissante en moi sans que j’en trouve la raison. Et quand j’ai enfin su… Il était trop tard.
Je n’ai jamais vraiment réussi à me rappeler comment elle était arrivée. J’entends encore des rires, des chants, un peu de larmes aussi, mais tout est confus et s’est mélangé, presque effacé. Mais voilà, un jour, elle était là, sans crier garde, complétant naturellement notre duo en un harmonique trio. Elle apporta la fraîcheur, la joie de vivre, et un grain de folie. Elle était adorable, faisant tenir ses longues mèches blondes avec une pince liliputienne en une coiffure farfelue, riant toujours, débitant des phrases dans la langue du Pays du Soleil Levant pour après nous emmener dans ses musiques poignantes. Il y avait autour d’elle une vie qui se répandait à flots et dissipait tous les malheurs. Enfin, presque…
Le regard de Charles brillait quand elle était là, et il semblait toujours manquer de quelque chose si elle s’éloignant trop longtemps. Quand il la regardait, il y avait comme des étoiles filantes au milieu de ses yeux, une fontaine de douceur, des rêves aux reflets d’argent. On y voyait ses sourires, des souvenirs de monde magiques, de contes modernes aux destinées sauvages. Jamais je ne l’avais vu si proche du bonheur, d’un jardin caché aux étés éternels dont les chants remplissaient le cœur. Il avait trouvé sa perfection. Cela me pinçait le cœur quand j’y pensais, sans pour autant en deviner la cause.
Bientôt, Gabrielle ne s’éloigna plus. Je commençai à me sentir de trop ; ils étaient à deux dans quelque endroit secret, inaccessible. Je savais que ce n’était pas contre moi, que quelque chose de plus puissant que leur volonté propre agissait, mais je ne pouvais m’empêcher d’en souffrir. J’en étais arrivée à agir d’une manière dénuée de tous sens. Je souffrais de son nouveau souffle sans comprendre pourquoi, et j’avais mal d’en vouloir à mes deux amis pour ce sentiment que je ne comprenais pas. Je ne disais plus que des phrases sans queue ni tête, j’avais envie de pleurer à chaque fois que je pensais, et tout cela me coupait l’appétit, le sommeil et l’envie de rire. Plus j’allais mal, plus je m’en voulais, plus mon état empirait.
Un soir, je compris tout.
Ils me l’ont annoncé spontanément, innocemment, un sourire aux lèvres. En fait, ils n’ont pas eu besoin de beaucoup d’explications. ‘Gabrielle et moi on sort ensemble depuis…’ Je n’ai pas entendu le reste de leurs paroles enjouées. J’ai dû me sentir happer par une force invisible dans un monde sans lumière. Une sensation d’abîme commença doucement à me brûler l’estomac. Le rouge aurait sûrement gagné mes joues, de même que les larmes, si je n’avais pas fait un effort suprême pour sourire et baragouiner une phrase du genre ‘Génial’. ‘Magnifique’. ‘Bravo pour vous’. Il fallait faire semblant. Un moment au moins…
Attendre. Parler. Sourire.
Ils ont continué quelques minutes à me parler. Etait-ce des secondes ? Des heures ? Je ne sais plus trop. J’avais perdu toutes notions de temps. La seule chose sur laquelle j’arrivais encore à me concentrer était de garder le masque, de sourire, de retenir le flot d’émotions que je sentais bouillir au fond de mon cœur et qui ne rêvait que de déborder, entraînant mes propres pensées et risquant peut-être de briser mes amitiés dans la bataille. Je ne sais pas exactement si je ne dis rien par peur de les blesser ou par peur d’avouer ainsi mes faiblesses.
C’est comme si j’avais soudain ouvert les yeux.
Je me suis retrouvée soudain seule au milieu de ma chambre. M’efforçant de ne pas craquer, j’avais réagi purement mécaniquement, à un point tel que je n’avais pas pu me rendre compte qu’ils partaient. Je me trouvais alors vide. Les murs n’existaient plus. La porte close s’ouvrait sur un univers dont la fin se perdait infiniment à l’horizon. Par la fenêtre, la nuit noire engloutissait peu à peu ma volonté et m’attirait inéluctablement vers l’inconnu. La seule chose qui me tenait encore à la réalité était cette phrase qui tournait sans cesse en moi, une voix qui résonnait encore et toujours, se cognant dans mes cellules, envahissant ma vue. ‘Gabrielle et moi…’ Elle dansait, frappait, tombait, tournoyait jusqu’à perdre l’équilibre ; se relevait, prenait de l’élan, s’élançait encore avec plus de vigueur, plus de rage et de volonté que son essai précédent.
Alors je me suis mise à pleurer.
Je laissai échapper la première larme dans un cri mourrant. Les suivantes s’engouffrèrent alors dans la faille, et jaillirent comme la mer s’élance sur les falaises, me rongeant peu à peu comme la pluie crée le lit des rivières. Je pleurai, frappai, criai. Accroupie dans un coin, accrochée à l’oreiller, je n’arrivais ni à bouger, ni à m’arrêter. Mes membres étaient secoués de tremblements incessants qui déversaient toujours plus de douleur à chacun de leurs hoquets nerveux.
Il n’y avait plus de pensée. Plus rien. Que la douleur.
Je réussis à me coucher quand la lune disparut. A mon réveil, le soleil était encore timide. Je restai prostrée sur mon lit, immobile, muette, incapable de rien. Penser, encore, imaginer, toujours. Tout rater. Aveugle, je venais d’ouvrir les yeux face à un soleil qui me tuait de ses rayons. Il était trop tard. Ma chance s’était envolée. Enfouie, évanouie ; je mourrai de manquer d’une chose que je ne pensais pas connaître. L’avenir me semblait sans vie. Et le pire était peut-être encore de ne rien pouvoir dire, de devoir tout garder pour ne pas risquer de briser Charles, Gabrielle ; Gabrielle, Charles… Je devais les perdre. C’était nécessaire. Comment les garder maintenant ? Comment pourtant accepter d’ôter deux étoiles à mon ciel ?
Je fis ma valise rapidement, sans un mot, sans voir personne, et rentrai chez moi aussitôt. La fuite me paraissait l’option la plus favorable pour commencer. Je ne leur laissai aucun mot, aucun signe qui pourrait leur indiquer l’endroit où je me trouvais, et pourquoi j’y étais. J’éteignis mon téléphone, bloquai ma connexion Internet et m’enfermai dans ma chambre. Je dis à mes parents de me refuser toute visite, leur demandant d’indiquer à ceux qui me chercheraient éventuellement que j’étais malade. Ensuite, je restai assise sur mon lit, nuit et jour, regardant inlassablement passer les nuages par la fenêtre. Je ne mangeai plus rien, je ne dormais plus, je ne bougeais plus. La seule chose dont j’étais encore capable, c’était de penser, repasser toute l’année dans mon esprit, d’analyser, décortiquer, chercher ce qui avait pu me rendre aveugle à ce point et ce qui aurait dû m’ouvrir les yeux.
J’avais mal. Et, plus encore, j’avais peur. Peur de moi. Peur de me retrouver seule. Peur de les perdre. Peur d’avouer. Peur de le garder. Peur de les voir. Peur, peur, peur encore. Ca ronge le ventre. Ca pique les yeux. Ca brise le cœur, plus encore que de savoir.
L’imagination est une chose horrible dans ces cas-là. Je ne vous dirais rien. Voir son regard. Sa main dans ses cheveux. Sa tête dans son cou. Ses bras sur son ventre. Ses lèvres… Je n’arrivais pas à m’en sortir.
Bravant mes interdits, c’est finalement Moïra qui était venue me voir, un après-midi de soleil. Elle rayonnait comme un ange. Dieu lui avait murmuré que j’allais mal, et elle avait donc accouru à mon secours. On se connaissait bien. On avait été au lycée ensemble, et elle avait toujours été là pour me soutenir quand il le fallait. Elle trouvait donc naturel de venir maintenant que rien ne fonctionnait plus. Elle parla, longuement, je ne sais plus exactement de quoi, et je la regardai en silence. Je me rappelle seulement qu’à un moment, n’y tenant plus, je finis par m’effondrer dans ses bras, et elle n’a pas eu besoin que je lui raconte. Elle me serra contre elle comme on sert un enfant, me berçant doucement, murmurant des paroles de réconfort. Nous sommes restées ainsi pendant des heures. Quand elle est partie, j’étais résolue.
Après plus d’une semaine d’absence, je suis retournée en cours. J’ai revu Gabrielle et Charles comme auparavant ; un peu moins, leur laissant toujours de quoi conserver leur tout nouvelle intimité. La douleur passa. Le temps aussi.
Et puis ce soir… J’ai réalisé que la souffrance était toujours là. J’ai la nausée. La tête me tourne. Je vous regarde tous et j’en deviens malade. Je vous hais. Tous. Presque.
Ce sentiment n’a jamais disparu. Il brûle encore. Il ronge. Finalement, j’aurais dû partir et vous abandonner.
Je hais cette femme. Je te déteste. Tu as gâché ma vie. Tu m’as pris mon cœur et mes rêves. Tu as détruit mon avenir.
J’aurai voulu que ce mariage n’ait jamais lieu. Charles, tu n’aurais pas dû. Elle ne vaut rien. Tu aurais dû être à moi…
Tu sais, au fond Charles j’ai toujours su :
Je t’aime. »
**********
Toute la salle la regarde, étonnée par son silence. Elle est restée immobile, la bouche entrouverte, sans réussir à sortir un seul son. Autant son cœur lui refusait de prononcer ce que tout le monde ici attendait, autant sa raison lui interdisait d’avouer, maintenant, publiquement, ce qu’elle cachait depuis tant d’années. Devait-elle réellement gâcher cette journée, ou bien sacrifier sa vie ?
Une main qui se pose sur la sienne… ‘Est-ce que ça va ?’ Elle se tourna vers Charles qui la regardait avec peut-être un peu d’inquiétude. Ses grands yeux verts… Il faudra qu’elle lui dise un jour. ‘T’as de beaux yeux tu sais ?’ Peut-être. Ils sont tellement magnifiques à cet instant. Heureux. Elle se rend compte tout à coup de ce qui l’entoure, de ce que cela signifie. Les gens rient, mangent, se disputent gentiment d’un côté, les enfants jouent avec insouciance. Tout respire la perfection. Et ses deux pupilles émeraude remplies de tout cela, du sourire frais de Gabrielle, des perspectives d’un avenir encore plus beau… Il rayonne. Le sentiment que les choses ne sont pas toujours injustes…
Ce n’était plus une question d’envie ou de devoir ; en avait-elle réellement le droit ?
‘Marie ?
Ce n’est pas grave si tu n’arrives pas à…
-Non.’
Elle lui sourit, serre la main qu’il avait toujours posée sur la sienne.
‘Je vais le faire.’
Il lui sourit alors pour la première fois, bienveillant. Elle se retourne de nouveau vers la salle qui l’attend, frappe une seconde fois sur le verre en cristal qui chante d’un son clair et fait taire ceux qui, impatients, sont retournés à leur conversation, et ceux qui crient toujours qu’elle commençât. Elle les contemple, tous, un à un, respire un bon coup pour chasser les derniers vents de l’angoisse.
‘J’avais préparé quelque chose mais… je viens de me rendre compte que c’était totalement ridicule. Je voulais… il est… euh…
J’ai deux amis formidables. Je les aime beaucoup. Je les adore. Jamais je ne saurais exprimer à quel point ils comptent pour moi. Il faudrait que je vous décrive mes sensations, nos rires, le besoin de les voir. Jamais je ne pourrais les remplacer. Si je devais les perdre… Pleurer des nuits entières, je plus rien manger, ne penser qu’à ça… c’est encore trop doux. Je m’en voudrais toute ma vie si je les laissais partir. Ils m’offrent tant… J’ai cru les perdre un jour et… ça a été la pire chose de ma vie. Je me suis rendue compte que je ne pouvais pas me passer d’eux. Ils me sont indispensables. C’est comme une partie de mon âme. Rire, pleurer, souffrir, aimer… ces mots n’ont de sens que s’ils sont là. ‘Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.’ Perdez-en deux, et vous disparaissez aussi.
Ce que j’aimerai leur dire ce soir c’est… d’abord, qu’ils soient heureux, ensemble, et pour toujours, comme aujourd’hui, et que jamais une tempête ne traverse leur vie. Ensuite, je voudrais… m’excuser, pour n’avoir pas toujours été à la hauteur, pour n’avoir pas toujours agi comme il le fallait, d’avoir douté, crié, râlé, perdu espoir, perdu la foi, perdu patience, je m’excuse de n’avoir pas toujours eu de courage, de n’avoir pas toujours su, d’hésiter, de craindre, de n’avoir pas toujours confiance, d’être parfois invivable, étouffante, incompréhensible, malsaine, gênante, frappante, choquante, lourde, déprimée, sourde, pétrifiée, absente, de faillir… d’être trop souvent désolée mais jamais quand il le faut. Merci d’avoir toujours été là quand il le fallait, de vous retirer quand j’en ai besoin, de m’avoir récupérée au fond du gouffre, d’avoir souri, ri, aimé quand même, tendu la main, senti quand il fallait rassurer, se taire ou même râler, dire quand j’allais trop loin ou quand je m’arrêtais trop tôt, m’avouer mes fautes et mes réussites, mes qualités et mes défauts, me faire confiance quand je n’en avais pas, me remettre à l’heure quand j’en avais trop, et continuer d’être vous-mêmes quelque soit les situations, d’avoir prouvé que je pouvais faire quelque chose pour les autres et exister… d’avoir été tolérants… d’avoir pardonner… malgré tout.
Je vous souhaite d’avoir en amour autant de bonheur que vous m’avez donné en amitié.
Merci.’
Il règne un silence ébahi. Une larme a coulé le long de sa joue, silencieusement, et d’autres la suive à présent, en paix. Alors qu’elle baisse les yeux de tous ces regards, les murmures se lèvent et les mains commencent à frapper. Quelques-unes se lèvent. Gabrielle la première quitte son siège et entoure Marie de ses bras. Les deux femmes se serrent l’une contre l’autre, rendant leurs mots inutiles.
‘Merci ma chérie, c’était génial, merci.’
Elles se séparent, et Gabrielle passe la main sur le visage de son amie, ce qui n’arrête pas forcément les pleurs mais les fait rire toutes les deux.
‘Je suis désolée, je…’
Mais non, mais non, faut pas ; c’est pas grave, c’était magnifique.
Puis elle va se rasseoir, révélant Charles, souriant aussi, les yeux protecteurs. Il s’approche, lui prend les mains. C’est à peine supportable de croiser son regard si proche, brillant, parfait. Elle se sent ridicule ; le sens, noyé sous les larmes, ne doivent strictement rien faire passer… ou beaucoup trop.
Il la prend dans ses bras, et ils ferment les yeux à leur contact tendre, vivant, confiant. Elle sent son souffle lui glisser dans le cou. Et puis quelques mots, à peine audibles.
‘Merci.
Tu sais, au fond Marie j’ai toujours su…’
FIN
Tc
Pour Aline, pour Lionel… Je vous souhaite tous mes vœux de bonheur. Un peu à l’avance.
Je vous aime mes amis.
