~Des mots au fil de la plume~

03 août 2007

Concept

Voici la dernière fic en date, fic très très spéciale à plusieurs niveaux. Déjà, c'est une fic totalement déjantée. Il n'y a rien du tout de sérieux là-dedans. Sûrement même qu'il y a plein de choses que vous ne comprendrez pas, que vous ne trouverez pas drôle, c'est normal, ce sont des 'private jokes' comme on dit. Veuillez donc me pardonner si parfois vous vous sentez perdus.
Surtout, ce qu'il faut préciser avec cette fic c'est que j'ai eu l'immense plaisir de l'écrire avec ma très chère Plume, ma talentueuse petite Aurore qui a eu l'idée du scénario, qui a écrit elle-même certains passages, et qui a eu le grand courage de se pencher avec moi sur la correction longue et difficile de cette fic. Je vous prie donc de ne pas oublier qu'elle a grandement contribué à la naissance de cet écrit, et de la remercier comme moi je le fais maintenant pour tout ce qu'elle a pu m'y apporter...
J'aurais bien fait une intro un peu plus longue mais la fic n'est pas courte... D'ailleurs, pour une fois, j'ai de ce fait publié cette fic en plusieurs parties.

Bonne lecture !

Juillet 2007 :

Concept

‘Et voilà, nous sommes arrivés !’

Ils venaient de s’arrêter dans une petite ville du fin fond des Etats-Unis. Ils avaient dû prendre un avion, patienter des heures avant de finalement trouver une voiture de location potable, traverser des kilomètres de champs déserts sous une chaleur étouffante… Elle n’avait pas dormi depuis deux jours, oui deux jours, et se sentait particulièrement agacée par le silence de son partenaire. Depuis leur départ, en effet, il n’avait pas dit un seul mot de l’enquête qui les attendait. Il n’en n’avait pas dit non plus un seul quand il était venu frappé à sa porte à trois heures du matin, lui demandant seulement de préparer immédiatement ses valises pour une affaire des plus importantes. Et elle avait eu beau protester, répéter au moins une dizaine de fois de suite qu'il était bien trop tôt, Monsieur s'était contenté d'insister, lui, sur le caractère urgentissime de l'affaire en question. Elle l’avait questionné tout au long du voyage mais il n’avait rien voulu lui dire. Elle avait tout tenté pourtant, pour le faire parler. Elle avait essayé de passer en revue toutes les étrangetés qu’elle connaissait,  toutes celles qui étaient susceptibles de les avoir conduit dans le trou perdu de… PurpleskyVille indiquait la pancarte, mais toutes ses propositions n’avaient reçu qu’un ‘Non’ comme réponse…Charmante conversation...

A cet instant précis, elle tentait toujours sa chance : elle lui demandait si les gens avaient des choux qui leur poussaient sur la tête, ou bien si les meubles s’étaient mis à marcher tout seul, ou encore si les maïs Bonduelle avaient soudain tous décidé de faire grève au fond de la boîte, si les chiens de la ville se prenaient pour des chats, si on avait aperçu l'oncle Tom sans sa case, si les poules apprenaient aux cochons à voler et si les cochons apprenaient aux poules comment avoir des dents… Toutes les idées les plus stupides qui pouvaient passer par la tête d’une Scully fatiguée et énervée jaillissaient à toute volée dans la voiture, feu d'artifice d'improbabilités plus ou moins vraisemblables, mais après tout, avec lui, on ne savait jamais… Si bien qu’on ne saurait dire qui de Mulder ou de Scully fut le plus soulagé d'atteindre enfin leur but.

‘Allez, Mulder, vas-tu enfin me dire ce qu’on fait là ?

-Attends encore quelque secondes, je te promets que tu vas savoir.’

Il sortit de la voiture, jetant sur la rue un regard inquisiteur. Si ses informations étaient justes, ils ne devraient pas attendre longtemps. Encore que vu la manière dont il avait eu ses informations, on ne pouvait pas trop savoir…le mail qu'il avait reçu était assez bizarre, mais suffisamment intriguant pour qu'il se décide à aller voir sur place. Sur un fond de cœurs rouges et de fleurs rose fluo, tout y avait été écrit d’une charmante couleur fushia. Apparemment, les phénomènes étranges qu’il exposait étaient aussi passés dans la manière dont son correspondant écrivait. Quelle folie pouvait donc forcer les gens à voir la vie en rose bonbon vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? Cela était véritablement inhumain, il fallait venir en aide à ses gens !

Scully sortit à son tour de la voiture, soupirant, déçue de ne pas avoir eu de réponse. Elle claqua la porte, scruta à son tour la rue… Voyant que son partenaire semblait décidé à ne pas bouger, elle commença à réellement s’impatienter.   

‘Mulder, qu’est-ce qu’on fait ici ? Nous n’allons tout de même pas restés toute la journée plantés dans cette rue à attendre je ne sais quoi ?’

Embarrassé, un peu déçu aussi de ne pas voir ce qu’il attendait, Mulder garda quelques secondes le silence, cherchant lui-même une réponse à ses propres interrogations. Et puis soudain, au bout de la rue, il lui sembla voir passer ce qu’il cherchait. Sans dire un mot, il claqua la portière et parti en courant. 

‘Mulder, où vas-tu ? Mulder ? MULDER ??? Non mais c’est pas vrai ça, j’ai pas que ça à faire moi !’

Et, toujours soupirant, toujours râlant, notre chère Scully se mit à courir derrière son partenaire. Finalement il s’arrêta dans une rue voisine. Là, il attendit au milieu de la chaussée, souriant comme un enfant qui vient de retrouver son jouet préféré.

‘Mulder… Ouh ouh, Mulder, je suis toujours là si tu ne savais pas… Mulder…’

Elle avait beau l’appeler, passer la main devant ses yeux, danser ou faire la roue devant lui, il semblait ne pas la voir. C’en était presque vexant... Il était comme hypnotisé par les gens qu’il voyait dans cette rue… Mais que pouvaient-ils bien avoir de plus qu’elle, ces inconnus d’une ville pourrie ?

Franchement jalouse, il faut bien l'avouer, de cet intérêt, elle arrêta de faire la majorette autour de Mulder et s'intéressa à son tour aux gens qui les entouraient.

Et elle se rendit alors compte qu’ils étaient tous pour le moins… étranges. Paranormaux aurait été un grand mot, mais... disons qu’ils n’étaient pas normaux non plus.

Ils étaient tous habillés de la même manière, portant de grands t-shirts roses avec une image imprimée dessus dont elle ne vit pas tout de suite ce qu’elle représentait, t-shirts qu’ils se donnaient, s’échangeaient, tout en prononçant toujours cette même phrase ‘Tu es un amour’ à celui ou celle à qui ils donnaient cette… chose rose bonbon unisexe, informe, taille unique, qui ne suivait d'ailleurs pas du tout avec sa couleur de cheveux à elle…

‘N’est-ce pas formidable ?’

Elle se retourna… Apparemment, son partenaire venait de se rappeler de sa présence…

‘Qu’est-ce qui est censé être formidable ?

-Mais ça… Tous ces gens ! Je suis sûr que ça cache quelque chose. Parfois les gens qui ont été enlevés par les extra-terrestres ont leur comportement totalement modifié. Tu imagines, toute une ville enlevée ?!

-Mulder, il y a des quantités d’explications pour ce phénomène.

-Ah oui, et lesquelles ?

-Pourquoi pas une hallucination de groupe, une quelconque hypnotisation, un maître vaudou dans la région…

-Scully…

-… une intoxication alimentaire, un programme secret du gouvernement qui active les secteurs de l’affection, une autosuggestion générale, une hormone présente dans l’eau, un coup de pub marketing pour une marque de t-shirt ringarde… il y a des milliers de possibilités !

-… tu as vu ce qu’il y a sur leur t-shirt ?

-C’est important ?

-A toi de juger…’

Elle soupira (et oui, la pauvre, on vous l’a dit, elle est très fatiguée), et observa de plus près les signes des t-shirts roses accusés … Elle écarquilla les yeux, fronça les sourcils, retira ses lunettes de soleil, pencha la tête… et finalement elle réussit à voir ce dont il s’agissait mais, n’en croyant pas ses yeux, répéta son numéro quatre ou cinq fois de suite.

‘Mais, Mulder… mais, mais…c’est nous !

-Et une soucoupe volante ! répondit un Mulder un peu trop enthousiaste à son goût.

-Comment ces gens peuvent-ils nous connaître ?

-Les extra-terrestres !

-Mulder, tout cela est ridicule !

-Et pourquoi pas ? Nous avons déjà vu tellement de choses toi et moi, comment peux-tu encore être sceptique ?

-Parce qu’il n’y a aucune preuve de ce que tu avances ! Ces gens peuvent tout simplement… c’est peut-être une coutume locale, un genre d’halloween version peace and love, peut-être que c’est une communauté hippie qui vit ici et a mis en pratique des mœurs en accord avec leurs croyances. Peut-être aussi qu’ils manquent juste un peu d’affection et d’amour, d’où leur besoin de se faire des cadeaux, de se répéter sans cesse cette même phrase et…

-Scully… Tu es un amour’

Un éclair de colère exaspérée passa dans son regard. Lui la regardait en faisant les yeux doux, et il n’était pas possible de savoir s’il était en train de se moquer d’elle ou s’il profitait de la situation… En tout cas, elle n’avait pas envie de rire.

‘Mulder, je ne suis pas un amour. Un amour c’est un concept, et je ne suis pas un concept !’

Il fit une moue dépitée. C’est la vexation qui le poussa à répondre

‘Tant mieux, je n’aime pas les concepts.’

Elle le fusilla du regard. Il sentit qu’il était temps d’arrêter là les bêtises et de se plonger sérieusement dans cette enquête.

***

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Concept, partie 2

            Il avait fini par convaincre Scully de s’intéresser à cette affaire et de la résoudre. Il y avait vraiment quelque chose de louche dans cette histoire, et si jamais ce n’était pas les extra-terrestres (ce dont il doutait fort), il était tout de même de leur devoir de découvrir ce qu'il y avait derrière tout ça. Ces gens avaient vraiment l’air mal, il fallait les aider. Si elle ne le faisait pas pour lui, si elle ne le faisait pas pour eux, qu’elle le fasse au moins pour elle : elle n’avait quand même pas parcouru la moitié du pays pour baisser les bras à peine arrivée.

Pour achever son argumentation, il la prit par le bras et l’emmena chez le glacier. Là, assis devant une magnifique montagne de crème glacée surmontée d’un lac de chocolat et d’une forêt de chantilly, sans oublier la cerise au sommet, ils pourraient réfléchir tranquillement à la manière de commencer leur enquête. Et tant pis pour le régime !

Le garçon qui prit leur commande portait lui aussi ce t-shirt ridicule et leur en proposa un, accompagné d’un ‘tu es un amour’ qu’ils commençaient à connaître. La serveuse qui leur apporta leur glace leur fit la même offre. Tout autour d’eux dans le petit restaurant les gens portaient ce même accoutrement et se faisaient les mêmes politesses. Même Scully commençait à trouver tout cela bizarre.

‘Tu as peut-être raison Mulder, il se passe des choses étranges ici.

-Je te l’avais bien dis !

-Mais pour l’instant, rien ne prouve que ce sont les extra-terrestres qui sont à l’origine de toute cette mise en scène.

-Ca viendra, j’en suis sûr, ne t’inquiète pas. Je suis persuadé qu’ils sont parmi nous.

-Encore faut-il le prouver….

-Oui, et pour cela, il faut des preuves. Et pour trouver des preuves, il faut enquêter.

-Bravo dis donc, tu m’épates, tu as trouvé cela tout seul ? Et par où ta magnifique logique te propose-t-elle de commencer ?

-Et bien, je pourrais en descendre un au hasard pour que tu puisses l’autopsier et découvrir ce qui ne va pas chez eux, mais ce serait contraire au protocole…

-Parce que tu te soucies du protocole maintenant ? Cette ville a vraiment un effet bizarre… Que comptes-tu faire alors si tu refuses de tuer des innocents pour une si bonne cause ?

-Il faut commencer par ce que nous avons. Qu’avons-nous ?

-Et bien…une ville dont tous les habitants sont devenus timbrés, se font des politesses, et portent tous le même t-shirt…

-Les t-shirts !

-Quoi les t-shirts, tu en veux un ? Ca t’irait bien au teint tu vas me dire…

-Mais non ! Ce qu’il faut savoir, c’est d’où ils viennent ! Celui qui les fabrique doit forcément être dans le coup.

-C’est une idée. Mais comment comptes-tu faire pour remonter à la source ? Tout le monde a un t-shirt et tout le monde en distribue !

-J’ai peut-être une idée…’

Il se leva et se dirigea jusqu’à la caisse, pendant que Scully en profitait pour se servir dans sa coupe à glace. Entre deux cuillerées, elle le vit s’adresser au caissier, lui sourire et… est-ce que la glace lui donnait des hallucinations ? Peut-être simplement était-ce elle la cause de toute cette histoire, cela serait logique, par ce temps tout le monde devait en manger. Instinctivement, elle lâcha sa cuillère alors que son partenaire enfilait un des t-shirts roses. Mon Dieu, ça y était, elle était la seule personne de la ville à avoir encore toute sa raison. Quel cauchemar !

Mulder discuta encore quelques minutes avant de revenir vers elle. Il se pencha, les bras grands ouverts. ‘Tu es un amour’ dit-il en la prenant dans ses bras. Elle se mit à hurler.

‘Mulder, c’est moi, Scully ! Mulder, s’il te plaît, dis moi que tu n’es pas devenu fou !!!’

Il la lâcha, se redressa, et fut pris d’un fou rire.

‘Je t’ai eu !!!

-Mulder ! Ce n’est pas drôle du tout ! Ne me refais jamais ça !

-Oui oui, d’accord, excuse-moi, c’était trop tentant…

-Ouais, c’est cela... Dis-moi au moins que tu n’as pas fait ça pour rien…

-Non, c’est bon, je sais d’où viennent ces t-shirts. Allez, viens, je t’y emmène.’

Il tourna les talons et se dirigea vers la sortie.

‘Euh, attends !

-Oui ?

-Tu ne finis pas ta glace ? Maintenant que je sais qu’elle n’est pas responsable de toute cette folie, ce serait dommage de la laisser…’

Etait-ce possible ? Scully qui retardait une enquête pour une glace ? Les choses devenaient de plus en plus étranges ici. Vivement qu’ils soient partis, il commençait à se sentir mal à l’aise. Elle aussi d’ailleurs sous le regard surpris de son partenaire. Elle haussa les épaules, rougit, et se leva à son tour. Ouf, il avait eu peur !

‘Où allons-nous ?

-A quelques mètres d’ici. Les t-shirts sont fabriqués par une petite boutique de la ville. Selon le glacier, il n’y a rien d’anormal dans les habitudes des gérants.

-Je te ferais remarquer que le glacier dis ‘tu es un amour’ à tout le monde et porte un t-shirt rose avec nos photos dessus, alors qui sait ce que ‘rien d’anormal’ veut dire pour lui…

-Moi aussi je porte ce t-shirt, ce n’est pas pour ça que je suis anormal… Je ne le trouve pas mal d’ailleurs ce t-shirt, qu’est-ce que tu en dis ? Scully ?’

Mais trop tard, sa partenaire l’avait abandonné. A deux mètres de la boutique elle avait finalement fait demi-tour et était retournée chez le glacier en courant. ‘C’est pas vrai se dit-il, mais qu’est-ce qui lui prend encore ?’ Quelques secondes plus tard, elle revint, les mains remplies de sa coupe de glace inachevée et d’une cuillère. Le long de sa joue, une traînée de crème témoignait de sa gourmandise.

‘Excuse-moi Mulder, c’était plus fort que moi. J’ai eu de la chance d’ailleurs, la serveuse allait la jeter !

-Mais enfin, Scully…

-Je suis désolée, ça doit être les hormones, j’ai des envies bizarres en ce moment, cette glace, là, c’était… Oui, d’accord, ce n’est pas bien, je sais, mais c’est bon, je vais bien, arrête de me regarder comme ça !

-Euh, tu as une tâche, là…

-Oh, mince !’

D’un doigt, elle s’essuya la joue, et suça la glace ainsi recueillie sous l’œil de plus en plus ébahi de son partenaire. Il secoua la tête et se dit que les bizarreries de Scully attendraient. Un mystère à la fois. Pour l’instant, il devait s’occuper des vendeurs de t-shirts.

Soudain, sa partenaire stoppa net. Soupirant, il se tourna vers elle :

"Scully qu'est-ce que tu fais enco…"

Il s'arrêta en plein milieu de sa phrase. Là, au coin de la rue, il avait cru apercevoir un morceau de T-shirt rose se cacher furtivement derrière une poubelle.

- Quoi ? J'essaye d'attraper la vanille au fond… répliqua Scully. Un problème ?

Cependant, derrière la poubelle, rien ne bougeait… Mulder fronça les sourcils…

- Non, rien…" peut-être était-il lui aussi victime de l'atmosphère étrange de la ville s'il se mettait à imaginer qu'on les suivait…

***

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Concept, partie 3

             Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent devant la boutique indiquée par le caissier. L’endroit lui-même leur parut tout de suite suspect. La devanture était entièrement rose, remplie de gros cœurs rouges et de t-shirts similaires à ceux disséminés dans la ville. Tout en haut, une pancarte indiquait que tous les objets vendus étaient ‘100% shipper’. Un sigle étrange, un triangle enfermé dans un cercle, servait à authentifier les objets.

‘Shipper ? Qu’est-ce que c’est à ton avis demanda Scully.

-Je parie pour une race d’extra-terrestre. Le garçon m’a dit effectivement que les propriétaires de la boutique étaient des shippers, mais je n’ai pas pu lui soutirer de détails précis à leur sujet. Ils ont dû faire un lavage de cerveau aux gens de la région pour se faire accepter parmi eux et en faire leurs esclaves.

-Et ben, je n’aimerais pas finir ma vie comme ces gens, totalement irresponsable de mes actes. Mulder, promets-moi que si un jour j’agis comme eux, tu me tueras plutôt que de me laisser faire…

-Heureusement que je ne t'ai jamais demandé une chose pareille, je serais déjà mort depuis longtemps... Allez, entrons.'

Il pénétra le premier dans la boutique, faisant tinter la clochette d'entrée. Il ne semblait y avoir personne. A sa suite, Scully put découvrir un intérieur exactement identique à la devanture. Cela devenait vraiment malsain de se voir partout dans cette ville… sur un fond un rose en plus.

'Il y a quelqu'un ? FBI, nous voudrions vous parler.

-Oui oui, attendez.' répondit une voix féminine.

A peine deux secondes plus tard, une tête brune surgit de derrière une masse de tissus d’un rose… rosâtre, souriante.

'Que puis-je...'

Elle ne finit pas sa phrase. A peine eut-elle vu nos deux agents qu'elle s'immobilisa, la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés.

'On dirait qu'elle vient de voir un fantôme, murmura Scully. Tu devrais peut-être enlever ce t-shirt, tu lui fais peur...

-Mademoiselle, je suis l'Agent Spécial Mulder, et voici l'Agent Spécial Scully, du FBI. Nous aurions aimé vous poser quelques questions.

-Oh mon Dieu ! Ce n'est pas vrai, je rêve ! articula-t-elle d'une petite voix.

-S'il vous plaît, mademoiselle...'

La jeune femme s'était mise à trembler. Elle retira ses lunettes et les essuya trois fois de suite, sans cesser de fixer les deux agents, répétant encore et toujours des 'Mon Dieu', 'c'est pas vrai' et autres expressions d'incrédulité. Puis, soudain, elle se mit à crier.

'Les filles, venez ! Vite, vite, venez ! Vous n'allez pas en croire vos yeux !

-Qu'est-ce qu'il y a ? répondit-on quelque part.

-Venez, vite, ne posez pas de questions, venez voir !

-Euh, dîtes, est-ce que...' tenta Mulder.

Avant la fin de sa phrase, il fut interrompu par plusieurs personnes qui pénétrèrent dans la place. Et ce furent les mêmes actions, la même hébétude, les mêmes frottements d'yeux, pincements de joues et autres exclamations ahuries et incontrôlées qui frappèrent les nouvelles venues sitôt qu'elles firent un pas dans la pièce et croisèrent les regards atterrés de Mulder et Scully. Enfin, l’une d’elle sembla revenir de sa surprise.

'Mulder, Scully, c'est bien vous ?

-Oui, oui, nous venons de le dire à votre amie et...'

Un cri aigu l'interrompit de nouveau.

'Yahoooo ! Nous avons réussi ! Wouah !!!' et autres cris de joie se mêlèrent tout à coup en un affreux vacarme, tandis que les jeunes filles remises de leur stupeur se mettaient à sauter, à se prendre dans les bras, à frapper dans leurs mains. Il serait impossible de décrire ici toutes les attitudes étranges dont leur joie semblait la cause.

'Je te l'avais dit Scully, les extra-terrestres. Ces filles ont été droguées, cela se voit tout de suite.'

Elle finirent par prendre un semblant d'organisation, formant alors un cercle, et criant toutes ensemble un 'shipper powaaa!' qui acheva les tympans de nos amis, qui commençaient un peu à se sentir de trop dans cette cérémonie.

'J'y crois pas, ça a marché, disaient les jeunes files.

-Nous allons enfin pouvoir...

-Des années que l'on attendait ça !

-J'y crois pas, c'est le plus beau jour de ma vie.’

Nos deux agents, eux, commençaient réellement à perdre patience et à en avoir marre de supporter les cris hystériques de ces jeunes demoiselles qui, qui plus est, les ignoraient totalement, tant elles étaient prises dans leurs emportements… Mulder, par ailleurs, en était désormais plus que persuadé, tout ceci devait nécessairement faire parti d'un rituel extraterrestre énigmatique sorte de danse de la victoire version petits hommes verts, et les cris qu'elles poussaient devaient relever d'un langage inconnu jusqu'ici. Scully, elle, n'y comprenait plus rien et se contentait de regarder la scène avec étonnement. L'atmosphère devenait étouffante. N’y tenant plus, Mulder se mit à crier dans la pièce, couvrant de sa voix tous ces bruits de groupies hystériques.

'Hé, oh, dîtes, on se calme là ! Y'en a qui essaient de travailler ici ! Stop ! Stop ! C'est fini, on arrête tout ! Et la première que j’attrape en train de chuchoter papoter bavarder, ou quoi que ce soit, je la fous en prison avec un rapport de l’agent Mulder avant même qu’elle ne comprenne ce qui lui arrive!'

Il n'en fallut pas plus. Le ton impétueux de Mulder et la menace inquiétante qu'il venait de proférer le plus sérieusement possible calmèrent instantanément le groupe de filles. En une seconde, elle avaient arrêté tout bruit et s'étaient alignées au garde à vous face aux agents du FBI. Peu préparées à une telle réaction, ayant presque oublié la présence de ceux qui avaient déclenché une telle hystérie de leur part, elles furent comme tétanisées par ces nouveaux cris. Soulagés par le soudain silence qui s'installa, nos deux héros se regardèrent avec contentement.

'Et bien, murmura Scully, bravo ! Tu devrais venir crier un bon coup dans mon immeuble quand les enfants de ma voisine s'y mettent.

-Non, merci, c'est bon. Je crois que si j'entends encore quelqu'un crier je ne vais plus pouvoir me maîtriser.'  Puis aux filles : 'Bon, alors, est-ce que quelqu'un pourrait enfin me dire ce qui se passe ici ? Et je ne veux qu'une seule réponse à la fois.

-Oui, oui, excusez-nous. Nous allons tout vous expliquer.

-Ouf, enfin une parole sensée dans cette ville de dingues ! Je vous écoute. Mais tout d'abord, qui êtes-vous ?

-Des shippers.

-Non non, ce n'est pas une réponse ! Qu'est-ce que c'est que ça, un 'shipper' ?

-C'est...

-C'est une personne.

-C'est un fan.

-Non, pas un fan : un passionné. Fan, ça fait timbré.

-Mais nous sommes timbrés !

-Ah, oui, c'est vrai. Donc, c'est un fan.

-Fan de deux personnes.

-Deux personnes susceptibles de...

-Vous voyez quoi !

-Du genre... A aime B, B aime A...

-... mais les seuls à ne pas s'en rendre compte sont B et A.

-Ce qui est très fâcheux pour un shipper. Parce qu'un shipper, tout ce qu'il veut, c'est ouvrir les yeux à A et B.

-Malheureusement, ça ne marche pas à tous les coups. Alors le shipper parfois...

-Le shipper a des crises. Quand A et B sont trop têtus.

-Ca peut rendre le shipper dingue ! Il rentre alors en crise de 'shipperite aïgue'. Il pleure, il crie...

-Il saute de joie à chaque petit signe de guérison de A et B.

-Il voit et revoit encore et encore tous leurs moments d'affection.

-En imagine de nouveau.

-Et, comme c'est le cas ici, lance de vastes opérations destinées à combler le vide immense d'amour qu'il a en lui.

-Il lui faut répandre l'espoir d'un monde meilleur où tous les gens qui s'aiment se l'avouent et vivent leur passion au grand jour.

-Bon, c'est vrai, nous avons peut-être poussé le bouchon un peu trop loin.

-Mais c'était pour la bonne cause.

-C'était le seul moyen.

-Vous ne seriez jamais venus.

-Oh, cela n'a pas été facile de trouver tout ça.

-Vous n'imaginez pas le temps que cela nous a pris, les efforts que nous avons fait pour mettre tout cela en scène.

-Mais le résultat en vaut la chandelle.

-Oh, ça c'est sûr !

-D'ailleurs, même vous avez été conquis par notre t-shirt !

-Il n'est pas magnifique ?!'

Un peu désemparé par toutes les informations incompréhensibles qu'il venait de recevoir, Mulder regarda son t-shirt rose d'un oeil nouveau, plutôt embarrassé il faut le dire. Scully elle, leva les yeux au ciel, totalement découragée. Ce qu'elle avait entendu lui suffisait. Ces gens étaient simplement dingues. Ils appelleraient l'asile le plus proche et leur devoir serait fini ici. Elle ne voulait plus jamais remettre  les pieds dans cette ville !

'Mulder, tout cela est ridicule. Elles sont folles ! C'est tout, il n'y a rien de mystérieux dans cette histoire. Allez, viens, on s'en va, on n'a rien à faire là.'

Elle le prit par la manche et le tira vers la sortie. Cependant, leur route fut barrée avant même qu'elle ait pu atteindre la porte.

'Ah, non, vous ne passerez pas ! Pas tout de suite. Votre boulot ici n'est pas fini. On vous a appelé pour régler de graves problèmes, et nous ne vous laisserons pas partir avant d'avoir eu entière satisfaction !' 

***

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Concept, partie 4

           Il ne manquait plus que ça. Cette enquête était un désastre. Ils étaient dans une ville de fous, et maintenant ils se retrouvaient prisonniers au milieu de jeunes filles hystériques. Qui sait ce que le sort leur réservait encore ?

Scully était dans un coin de la pièce, exaspérée. Cette histoire commençait à réellement l'énerver. Le pire dans tout ceci était peut-être encore le sourire béat de son partenaire. 'Un enlèvement ! C'est bien dans la coutume des extra-terrestres ça, d'enlever les gens ! Et puis, tu as bien entendu ce qu'elles ont dit... Ce n'est pas possible, ce n'est pas humain tout ça, je suis sûr que...' Oui, oui, elle savait. Les extra-terrestres. Et puis quoi encore ? Elle allait se retrouver enceinte par l'action du Saint Esprit ?

Non contents de les avoir enlevés, il fallait aussi que ces 'shippers' se fassent indiscrets. Ils la questionnaient, la harcelaient avec une foule de questions sur sa vie privée. Ils ne pouvaient pas se mêler de leurs oignons et lui foutre la paix ?

Et pendant que Scully essayait de conserver secret un minimum de sa vie privée, Mulder discutait tranquillement avec l'une des filles. Et il ne semblait pas mal à l'aise du tout. Au contraire, il paraissait plutôt ravi de pouvoir en savoir un peu plus sur ces 'shippers'.

‘Alors, si j’ai bien compris… vous êtes… vous faites en quelque sorte une fixation sur certaines personnes ?

-Ouais, en gros on peut dire ça.

-Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ?

-Ah, ça, pourquoi, on n’en sait trop rien.

-Et, là, en l’occurrence, c’est sur Scully et moi que votre attention s’est portée.

-C’est ça.

-Mais, pourquoi nous ?

-Ah là là, c’est pas possible, il faut toujours tout vous expliquer… C’est ça le problème de tous les shippers, c’est que vous ne comprenez jamais de quoi il s’agit.

-Et bien allez-y, j’ai l’esprit très ouvert vous savez…

-Non non, ça ne sert à rien. Vous nous direz que c’est pas vrai. Jamais vous n’avouerez.

-Ca dépend… Si vous voulez parler de la sucette de la voisine qui a disparu quand j’avais cinq ans, je vous préviens, vous faites erreur, c’est pas moi !

-Non non, cette histoire est intéressante mais ce n’est pas le sujet…

-Allez, juste pour moi !

-Non.

-Je vous préviens, j’ai les moyens de vous faire parler !

-Je vous ferais remarquer que pour l’instant c’est vous qui êtes prisonnier, vous n’avez aucun moyen de pression.

-Je peux toujours vous promettre… Qu’est-ce qui vous ferez plaisir ?

-Euh… attendez, que je réfléchisse… Ah, je sais ! Je veux votre affiche !

-Mon affiche ?

-Oui, le ‘I want to believe’ placardée derrière vous dans votre bureau !

-Vous êtes folle ?! Je ne peux pas accepter ! J’ai dû tuer quelqu’un pour avoir celle-là !

-Et bien tant pis…

-Oh, allez, s’il vous plaît !’

Et là, il sortit son arme secrète : un regard de chien battu à faire fondre les glaces de l’Arctique. Fascinée par ce regard et, il faut le dire, totalement sous le charme de celui qui avait été élu Agent le plus sexy de l’année, la jeune fille ne résista pas longtemps.

‘D’accord, je peux bien faire un petit effort, mais c’est bien parce que c’est vous !

-Chouette ! Allez-y, je vous écoute !

-Et bien… Que pensez-vous de Scully ?

-Scully ? C’est une fille bien. Un peu bornée parfois mais je l’aime bien, avec sa masse de défauts.

-Elle est plus qu’une collègue pour vous.

-Bien sûr ! C’est une amie. Ma meilleure amie.

-Et jamais il ne vous est venu à l’esprit qu’elle pourrait être plus que ça ?

-Vous voulez rire ? Elle est beaucoup trop maniaque, met du pollen dans ses yaourts, et… elle ne croit même pas aux extra-terrestres !

-Mais ça n’a rien à voir… Vous l’aimez quand même.

-Non.

-Même pas une quelconque attirance ?

-Jamais de la vie. Je vous l’ai dit, c’est une amie !

-Et voilà, c’est toujours pareil ! Vous dîtes tous la même chose. Vous êtes tous aussi têtus ! Simple question, parce qu’il faut que je comprenne moi, pourquoi si vous n’êtes pas attiré par elle vous vous amusez parfois à la dessiner de manière… vous voyez de quoi je parle…

-Ah, ça… euh… Ca n’a rien à voir c’est… Mais… comment vous savez tout ça ? Vous avez fouillé mon bureau ?!

-Non non, bien sûr que non ! Mais, vous savez, nous suivons votre carrière depuis le début. Nous savons beaucoup de choses sur vous. Nous sommes des fans quoi ! Et, il faut que je vous l’avoue, les shippers sont mêmes des fans très spéciaux. A vrai dire, nous avons parfois l’impression d’être des êtres à part, un peu comme si nous venions d’une autre planète…’

A qui le disait-elle ! Il savait bien que les extra-terrestres étaient derrière cette histoire, maintenant il en avait la preuve ! Cette jeune fille venait de lui avouer ! Il fallait absolument qu’il le dise à Scully…

Que faisait-elle d’ailleurs Scully ? Il tourna la tête, et aperçut sa partenaire qui discutait avec un shipper… Il ne s’en était pas rendu compte mais pendant qu’il parlait d’autres personnes étaient rentrées dans la boutique, et l’un des nouveaux venus avait l’air de sérieusement mettre en rogne sa chère amie. Oh, mais il le reconnaissait celui-là ! C’était celui qu’il avait surpris en train de les suivre tout à l’heure ! Il se fraya alors un passage entre les shippers qui envahissaient de plus en plus la pièce afin d’entendre ce qu’il pouvait bien être en train de dire à sa chère amie…

‘Dîtes, Scully, entre nous, l’Agent Mulder et vous…

-Nous travaillons ensemble.

-Oui, bien sûr… Vous devez vous ennuyez ferme quand même dans votre sous-sol.

-Nous voyageons beaucoup.

-Il paraît. Vous passez donc beaucoup de temps ensemble…

-Dans le cadre strictement professionnel, bien entendu, plus de trente-cinq heures par semaine.

-Ca doit créer des liens, à force.

-Peut-être.

-Etre seule, tout le temps, avec un partenaire du sexe opposé…

-Qu’est-ce que vous insinuez là ?

-Rien, rien, je constate.

-Il ne s’est jamais rien passé entre Mulder et moi !

-Rien du tout ?

-Rien du tout.

-Vous mentez mal Agent Scully.

-Et vous, vous exposez des théories totalement infondées.

-Non, pas totalement. Je me suis renseigné. Les rumeurs vont vite au FBI.

-Des rumeurs ?

-Oh, pas grand-chose. Des bruits étranges qui proviennent de votre sous-sol. Des ascenseurs qui se bloquent…

-Vous êtes complètement malade !

-Ne dîtes pas ça. J’ai des preuves…’

Un instant, une lueur de crainte passa dans les yeux de Scully, et son visage devint légèrement plus pâle. Comment pouvait-il bien avoir des preuves ? C’était totalement impossible. Tout ce qui aurait pu être découvert, ce n’était que les marques d’affection purement amicales qu’ils s’échangeaient parfois et qui n’étaient secrètes pour personne. Mais qui sait ce que de tels fous auraient pu chercher…

Voyant que Scully hésitait à répondre, le visage de son interlocuteur s’illumina d’un sourire victorieux.

‘Je le savais ! Je le savais ! Jamais vous n’auriez fait cette tête si vous n’aviez rien à cacher.’ Puis, se tournant vers les autres shippers : ‘Vous avez vu ? Nous avions raison ! Il faut ré-éplucher tout ce que nous avons. Nous avons dû passer à côté de quelque chose. Il doit y avoir une preuve quelque part !’

A cette annonce, Scully ne fut plus seulement embarrassée, mais à la limite de la panique. Qui sait ce qu’ils allaient pouvoir trouver ? Ce n’était pas possible, elle était en train de faire un cauchemar, elle allait se réveiller et tout ceci serait fini. Discrètement elle se pinça pour être sûre qu’elle ne dormait pas. Malheureusement non, la douleur était bien présente, tout comme ces gens autour d’elle, et même Mulder qui la regardait, tout aussi embarrassé qu’elle. N’avait-il donc pas une idée pour les sortir de là ? Non, apparemment, il était occupé à se gratter le crâne comme toutes les fois où il se trouvait dans une impasse. Et bien, c’était donc encore à elle de prendre une décision. Elle choisit la plus raisonnable des possibilités : accepter la défaite, signer l’armistice et négocier la paix.

‘Bon, d’accord, j’abandonne, pouce ! J’en ai marre, vous avez gagné ! Qu’est-ce qu’il faut qu’on fasse pour que vous arrêtiez de me poser toutes ses questions et redeveniez des gens normaux ?

-Oh, c’est facile, juste un peu de shipperisme…

-Du shipperisme ?

-Oui ! Oh, pas grand-chose, trois fois rien.

-J’ai peur de ce que vous appelez ‘trois fois rien’.

-Et bien…’ firent-ils, se regardant avec malice. Puis, l’un d’entre eux vit – tout comme Scully d’ailleurs, de moins en moins rassurée – le regard de Mulder briller de cette petite lueur frénétique qu’il prenait quand il avait résolu une affaire. Il avait compris… ‘Mulder, vous ne voudriez pas lui expliquer ? Elle vous connaît, elle vous fait confiance. Vous pourriez peut-être la persuader ?

-Je peux toujours essayer.

-Mulder, à quoi tu joues ?

-Rien, rien, j’essaie juste de dénouer la situation. Je sais ce qu’ils veulent.

-Ah oui, et quoi donc ?

-Et bien…’Il chercha quelques secondes les mots qui pourraient lui faire comprendre. ‘Dis-moi, Scully, tu voudrais pas être un peu concept juste une minute ?

-Concept ?’

Mais de quoi parlait-il ? Comment pourrait-elle être un concept ? Un concept de quoi en plus ? Etait-il fou ?

Et puis soudain, elle se souvint (tout à fait, sinon c’est une erreur de temps). Toute à l’heure, à leur arrivée, quand il lui avait dit qu’elle était un amour… ‘L’amour est un concept’, n’était-ce pas ce qu’elle lui avait répondu ? Et maintenant, il voulait… Il plaisantait ? Apparemment non. La manière dont il la regardait, dont il s’était avancé vers elle – il en était presque trop sérieux.

‘Mulder, tu es fou ! Jamais !

-Et pourquoi pas ? Juste quelques secondes !

-Non, c’est impossible !

-Scully, laisse ton égo de côté un instant. C’est seulement pour qu’ils soient contents et nous laissent tranquille.

-Justement. Ils demandent ça maintenant, mais qui sait ce que cela sera après ? Ces gens-là, plus tu leur en donnes, plus ils en veulent.

-Scully, s’il te plaît…

-Non, il est hors de question. Scientifiquement parlant, c’est hors de question.

-Je suis désolé, dit-il aux shippers. Vous l’avez entendue. Qu’est-ce que je peux faire contre ça ? Je ne peux pas lui demander de me donner plus que ce qu’elle veut bien m’offrir.’

Mais les shippers n’étaient pas de cet avis. Que Scully le veuille au non, ils auraient ce qu’ils voulaient. Et ils l’auraient maintenant. Il n’était alors plus question d’être discrets, de faire des sous-entendus. Ils avaient bien trop attendu comme ça. Il était temps d’employer les grands moyens.

‘Le bisou, le bisou !!! se mirent-ils tous à crier.

-Embrasse-la !

-Allez, vas-y !

-C’est pas possible, reste pas planter là comme un idiot ! Embrasse-la banane !

-Hey, mais c’est un fruit ça la banane ! répondit Mulder, vexé. Est-ce que je ressemble à un fruit ?

-Oh, toi, ce n’est pas la peine de prendre la mouche, rétorqua Scully, qui trouvait plutôt marrante l’idée de s’imaginer Mulder déguisé en banane.... Tu crois que j’ai l’air d’un concept moi ?

-Ben…            

-Dis, à ton avis, tu es plus proche de la banane ou du concept toi ?

-Oh, euh… et ben… Un peu des deux je pense…’

Et ils se mirent tous les deux à rire de cette réponse stupide. Pliée en deux par cette soudaine hilarité, Scully se tint à l’épaule de son partenaire, essayant de garder un minimum de décence devant ces gens.

Les shippers, eux, s’étaient tous tus. Ils le sentaient, la fin de leur attente était proche.

Quelque chose en effet chez les deux agents semblait s’être produit. Tous deux calmés, ils prenaient conscience du contact physique qui s’était établi entre eux, cette main posée par inadvertance. Ils étaient si proches, à l’étroit parmi ces gens…

Sachant qu’il n’aurait pas d’autres occasions, Mulder tenta le tout pour le tout : son plus beau regard, celui du pauvre petit chien battu qui supplie son maître pour un peu d’affection.

‘S’il te plaît, juste un petit bisou, pour les calmer…’

Amadouée par cette tentative, détendue après leur fou rire, Scully sourit. ‘Un baiser, mais à tout prendre qu’est-ce ?’

Alors, presque imperceptiblement, ils commencèrent à se rapprocher. Autour d’eux, plus rien ne bougeait. Les shippers avaient arrêté de respirer, les mouches de voler, même la pendule avait cessé son habituel tic-tac, la terre ne tournait plus, l’univers entier s’était immobilisé. Seuls Mulder et Scully continuaient de se rapprocher.

Leurs lèvres allaient se toucher. Le silence était complet.

Il y eut une lumière. Un éclair aveuglant remplit toute la pièce.

***

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Concept, partie 5

‘Tu n’es vraiment pas un concept Mulder.’ murmura Scully.

Elle s’était arrêtée à quelques millimètres de son partenaire, souriante. Elle les avait bien eus ! Quoique ces shippers puissent faire, quoique que Mulder puisse dire, elle refuserait de l’embrasser.

Elle se redressa et fit un pas en arrière afin de contempler la tête de Mulder. Mais ce qu’elle vit n’avait rien à voir avec ce qu’elle attendait.

‘Mais, qu’est-ce que c’est ?’

Ils n’étaient plus dans la boutique. Il n’y avait plus de shippers. Au lieu de cela, ils se trouvaient dans ce qui devait être un hangar, entourés d’inconnus au moins aussi nombreux que les fous qu’ils venaient de quitter. Eux aussi portaient d’étranges t-shirts, noirs ceux-là, sur lesquels était inscrit ‘noromos’. Au centre de ceux-ci, un logo vantait les mérites des abeilles.Tout cela ne la rassurait pas le moindre du monde.

Un homme parmi eux prit la parole.

‘Nous vous avons téléportés. Il était temps ! Ces shippers de malheur étaient sur le point de gagner, il était hors de question de les laisser faire !

-C’est quoi encore que cette histoire ? Et qui êtes-vous d’abord ?

-Des noromos. Les ennemis des shippers. Leur exact opposé en réalité et…

-Scully, c’est magnifique, j’avais raison ! s’exclama Mulder.

-Qu’est-ce qui est magnifique, je peux te le demander ? Nous avons rencontrés une bande de dingues, ils nous ont kidnappés, puis téléportés, et maintenant nous sommes au prise de gens qui ne semblent pas avoir plus de raison, alors, franchement, où peux-tu bien trouver quelque chose de magnifique dans tout cela ?

-Nous avons été téléportés !

-Je viens de le dire ! En quoi est-ce rassurant ?

-Mais tu ne comprends pas ! Cela veut dire qu’il y a bien des extra-terrestres dans cette ville !

-Cela ne prouve rien. Si ça tombe nous sommes simplement victimes d’hallucinations. Cela expliquerait toutes ses folies !

-Des hallucinations causées par quoi ? Il n’y a pas l’ombre d’un champignon ou d’une usine susceptible de rejeter des gaz hallucinogènes dans cette région !

-Nous avons peut-être été drogués.

-Par quoi ?

-La glace par exemple !

-La glace ? Tu es ridicule ! Les shippers, les t-shirts et tout le reste étaient là bien avant que l’on ne touche à la moindre cuillère de glace !

-Alors, je ne sais pas, dans l’avion… Peut-être même que j’hallucine depuis que tu es venu frapper chez moi hier matin. Ca doit être ça... Jamais je n’aurais été assez bête pour te suivre ainsi en pleine nuit.

-Pourquoi tu ne veux jamais prendre en compte mon opinion ?

-Parce qu’elle est ridicule !

-Tu passes ton temps à me contredire !

-Tu veux toujours avoir raison !

-Tu n’es qu’une maniaque excentrique, orgueilleuse et obsessionnelle !

-Tu t’es regardé ! Dans le genre psychopathe paranoïaque égocentrique et fanatique, je n’ai jamais vu pire !

-Je ne te permets pas de me juger ainsi !

-Tu rigoles, je vais me gêner ! J’en ai plus qu’assez de supporter tes enquêtes stupides !

-Et moi, j’en ai marre de te voir dans mes pattes en train de démolir mon travail !

-Moi, je détruis ton travail ?

-Oui !

-Tu as détruit ma carrière !

-Laisse-moi rire ! Tu avais dû faire une sacrée bourde pour te retrouver avec moi ! Ta carrière, tu l’as détruite toute seule ma vieille, et bien avant moi !

-Ah oui ?

-Tu serais incapable de faire autre chose. Jamais on ne voudra te reprendre au FBI en dehors de mon service !

-Et bien, puisque c’est comme ça, je me casse ! Tu verras bien quand je serais devenue directeur dans quelques années, je te pourrirai tellement la vie que tu en regretteras Kersh !

-Si tu arrives à te faire embaucher ailleurs que pour récurer les chiottes ! En attendant, vas-y, ça me fera des vacances !’

Scully était folle de rage. Jamais il n’avait osé lui parler ainsi ! Cette fois, il dépassait vraiment les bornes. Et elle ne se laisserait pas marcher sur les pieds. Comment avait-elle pu travailler aussi longtemps avec lui ? Comment avait-elle pu être son amie ? Comment avait-elle… et dire qu’il y a quelques secondes, elle l’aurait presque embrassé ! Il fallait vraiment qu’elle soit folle pour s’être imaginée ne serait-ce qu’un instant que cela aurait pu être possible.

Mulder fulminait tout autant. Il se rendait compte à quel point elle le méprisait en réalité, comment elle s’était moquée de lui pendant tout ce temps. Et dire qu’il lui avait fait confiance. ‘Sa meilleure amie’, tu parles ! Comment son amie aurait pu lui dire des choses pareilles ? Comment son amie aurait pu l’abandonner ainsi, pour de telles bêtises ?

Devant leur colère, les noromos qui les entouraient trépignaient de joie. Celui qui devait être leur chef interrompit même leur si belle dispute d’un rire sadique et caverneux.

‘Mouah ah ah ah ah !!! C’est nous qui allons gagner. Jamais vous ne vous embrasserez, on ne veut pas, et on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour l’en empêcher ! Regardez-vous, nous n’avons rien eu à faire, notre présence seule suffit à détruire tous les espoirs des shippers. Ah ah ah, ça non, jamais vous ne vous embrasserez !

-Ca tombe bien, je n’en avais aucune envie ! répondit Scully.

-Scully…’

Après les paroles du noromos, Mulder avait tout compris. Ces gens essayaient de les séparer. C’est eux qui semaient la zizanie entre lui et Scully ! Il ne fallait pas les laisser faire. Les shippers n’avaient peut-être pas totalement raison, mais ils n’avaient pas entièrement tort non plus. Scully n’était pas qu’une simple partenaire. Elle ne l’avait jamais été. Et il était hors de question de laisser une bande d’extra-terrestres dingues les séparer !

‘Scully, s’il te plaît…

-Toi, tu ne m’adresses plus la parole !

-Pourquoi est-ce que tu t’obstines ? Après tout, qu’est-ce que c’est, un baiser, ça n’engage à rien !

-Ne parle plus jamais de la possibilité de m’embrasser ! Et n’essaie même pas de faire un pas vers moi.

-Pourquoi pas ? Après tout, ce ne serait pas la première fois…

-Tu délires ?

-Bien sûr que non !

-Jamais de ma vie je ne t’ai embrassé ! Même pas en rêve !

-Mais si, rappelle-toi… Par exemple, euh… quand on a appris que tu avais un cancer !

-La scène a été coupée au montage.

-Et alors, elle a quand même eu lieu !

-Non, c’est de la triche, on a recommencé la scène et tu t’es contenté de m’embrasser sur le front, tout a été effacé, tu n’as pas le droit de t’en servir !

-Bien, euh… et le jour où tu as voulu démissionner ! Juste après la fermeture des affaires non-classées, dans le couloir de mon appartement !

-C’est pareil ! Cet argument est irrecevable, dans la version finale je me fais piquer par une abeille avant qu’il ne se passe quoique ce soit.

-Et les divers types qui avaient pris mon apparence !

-Non seulement aucun d’eux ne m’a jamais embrassée, mais en plus ils n’étaient pas toi, donc même si cela était arrivé, cela ne compterait pas !

-C’est pas possible, tu es têtue comme une mule !

-Et tes preuves sont totalement bidon.

-Oh, je sais, je sais quand je t’ai embrassée !

-Vraiment ? (sentez-vous tout le scepticisme dans la voix de Scully ?)

-En 1940.

-1940 ? J’ai l’air d’avoir  quatre-vingt piges ?

-Non, non, c’était ton double. La toi de 1940 !

-Alors ce n’était pas moi.

-Non… non, si ! Si bien sûr, mais…

-Tu es ridicule, cette fille était peut-être ma grand-mère, ou un clone, un double, j’en sais rien, mais ce n’était pas moi. Jamais tu entends, jamais tu ne m’as embrassée ! JA-MAIS !’

Il y eut un long silence, pendant lequel les noromos jubilèrent, alors que Mulder, à court d’arguments, se creusait la tête à la recherche d’un moment contre lequel elle ne pourrait rien, une preuve irréfutable. Il devait bien y en avoir une quelque part, qu’il avait oubliée…

Soudain il se frappa la tête. Mais oui, bien sûr ! Comment avait-il pu ne pas y penser ?

‘Je sais, je sais, j’ai trouvé !

-Quoi ?

-Nouvel an.

-Nouvel an ?

-Oui. Le réveillon du nouvel an. Pour l’année 2000. Après que nous ayons sauvé le monde d’une invasion de morts-vivants.

-Ce réveillon ! Ce baiser ?

-Oui, celui-là.

-Mais, enfin… c’était la fête… il était tard… tout le monde le faisait…

-Ce n’était pas seulement cela.

-…

-Scully, tu le sais aussi bien que moi. Ce n’était pas un hasard. Ce n’était pas seulement pour faire comme tout le monde. Il y avait une autre raison.

-Mulder, je…

-Ah, non ! Non, non, et non ! C’est pas juste ! s’écria le chef noromos. Ce n’était pas prévu comme ça. Vous ne deviez pas réussir ! Vous ne deviez pas tomber d’accord ! Vous devez vous haïr, vous détester, peu importe le mot, il est hors de question de vous réconcilier !’

Il ne put pas continuer plus loin la liste des interdits qu’ils étaient censés suivre. Un bruit éclatant déchira l’atmosphère.

Au bout du hangar, la porte avait, semblait-il, littéralement explosé. Et, à travers la fumée, un flot de t-shirts roses pénétra par la brèche.

***

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